Les moniales cisterciennes

Expansion et réforme

Après la Révolution

 

Le premier monastère de moniales véritablement cisterciennes a été fondé à l'initiative d'Etienne Harding, dont le projet fut soumis à l'évêque et au chapitre cathédral de Langres ainsi qu'à la famille du duc de Bourgogne. L'abbaye fut finalement établie au Tart, à une douzaine de kilomètres au nord-est de Cîteaux, et sa charte rédigée en 1132. Une charte plus tardive, émise entre 1196 et 1200, déclare que Le Tart est la "maison-fille de Cîteaux" et que l'abbé de Cîteaux est responsable de l'observance de la Règle et de la vie monastique de l'abbaye.

Les femmes pénètrent de façon massive dans l'univers religieux du XIIIe siècle. Au diocèse de Liège et dans l'empire, des religieuses occupent une place de choix dans l'histoire de la mystique; plusieurs sont inscrites dans la mouvance cistercienne: Ide de Nivelles (morte en 1231); Lutgarde de Tongres (morte en 1246); Béatrice de Nazareth (morte en 1268), Ide de Léau (morte en 1273); Ide de Louvain (morte vers 1300) sans compter la mystique Mechtilde de Hackeborn (morte vers 1299) et la grande théologienne Gertrude de Helfta (morte vers 1302). Ces femmes ont faim de Dieu et en témoignent dans des discours et des comportements empreints d'affectivité. Elles cultivent l'art de parler de l'indicible et de l'expérience vécue au cours de leur rencontre avec Dieu. Elles sont inspirées par les textes de Bernard de Clairvaux et de son ami Guillaume de Saint-Thierry, mais il faut aussi souligner l'influence des Dominicains et des Franciscains, leurs maîtres spirituels et biographes. Leur vie vouée à un idéal pénitentiel est un constant itinéraire de conversion fondé sur le repentir et la mortification, non sans une certaine propension à la démesure. Selon leurs biographes, elles arborent toutes les facettes de la perfection monastique: humilité, obéissance, chasteté, pauvreté vécue et attention aux pauvres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le support de la papauté, des rois et des évêques, l'influence de saint Bernard dans l’expansion de l’Ordre fut décisive. A sa mort, trois cent cinquante monastères furent établis dont soixante-huit par Clairvaux.

Cette expansion assure aux Cisterciens une place prépondérante non seulement au sein du monachisme européen mais aussi dans la vie culturelle, politique et économique. Ils prennent part aux grands événements de la vie de l'Eglise.

En 1354, l’Ordre comptait 690 maisons d’hommes; toutefois l'administration d'un Ordre s'étendant du Portugal à la Suède, de l'Irlande à l'Estonie et de l'Ecosse jusqu'en Sicile était une tâche qui prenait des proportions effrayantes. Il n'eut donc d'autre choix que celui de s'adapter à l'époque et aux conditions nouvelles. Cette organisation étendue et variée qu'était l'Ordre cistercien a dû se diviser au XVe siècle en sous-groupes de même obédience, unis par une culture et une langue communes, afin d'assurer la survie de l'ensemble. Par ailleurs l'administration de l'abbaye reposait, en théorie, exclusivement sur l'abbé; d'où l'influence néfaste sur la vie de la communauté des abbés mondains, ambitieux et corrompus menant une vie peu conforme à la Règle ou des abbés absents, lesquels n'étaient pas rares au XVe siècle.

Déjà en 1335, le pape Benoît XII, alias Jacques Fournier, abbé de Fontfroide, avait mis au point une réforme pour ses frères cisterciens. Son intention était de reconsidérer l'organisation de l'Ordre en fonction des besoins du moment, tout en rétablissant les valeurs primitives de pauvreté, de simplicité et de solitude.

Le XIVe siècle est un un temps particulièrement pour l'Eglise, déchiré par le Grand Schisme (1378-1417) qui oppose le pape d'Avignon au pape de Rome. Les dévastations de la Guerre de Cent Ans (1337-1453), les ravages de la Grande Peste (1348) et leurs conséquences économiques et sociales ruinent moralement et physiquement les populations. Les monastères n'échappent pas à ces fléaux. L'Ordre de Cîteaux n'est pas épargné par les déchirures. Il oscille entre une volonté farouche de maintenir l'unité et les tendances nouvelles qui favorisent l'éclatement nationaliste et le respect des particularismes. 

Le concile de Constance (1414-1418) réunit un grand nombre de dignitaires ecclésiastiques pour mettre un terme au Grand Schisme et élaborer un programme de réformes destinées à l'ensemble de l'Eglise. Le chapitre général cistercien décide d'établir un rapport général sur la situation de l'Ordre. A l'assemblée de Tours de 1493, l'abbé de Cîteaux Jean de Cirey dénonce l'ingérence du bras séculier dans la gestion des affaires ecclésiastiques et la dilapidation des biens monastiques par les abbés commendataires. 

A l'origine la commende était une tentative de la part de la papauté d'Avignon d'exercer plus de contrôle sur les charges ecclésiastiques, mais ce système se révéla désastreux pour l'Ordre cistercien. Les communautés monastiques n'avaient plus le droit d'élire leur abbé, lequel était directement nommé par le pape ou par le roi. En général on choisissait, non des moines, mais des prélats séculiers, qu'on récompensait de leurs services. Le système de la commende fit des ravages, en particulier en France et en Italie.

Les pillages et déprédations de la Réforme, des guerres de Religion et, en Angleterre, de la Dissolution des monastères, n'arrangèrent pas la situation. L'Eglise demeurée fidèle à Rome s'arme pour une contre-réforme de choc et songe à une réforme en profondeur de ses institutions et de son état d'esprit. Des cisterciens sont présents au concile de Trente (1545-1563).

Cependant la situation n'était pas dramatique dans toute l'Europe. Dans des régions catholiques comme la Bavière, l'Autriche, la Bohême, la Pologne, la Hongrie, le Portugal et l'Espagne, l'Ordre continuait d'être florissant. En France pourtant, au XVIe siècle, on n’assiste pas seulement à la dégradation, et dans certains cas à l'annihilation, des établissements cisterciens, mais également à des tentatives énergiques de réforme.

La naissance de l'Etroite Observance au début du XVIIe siècle est bien importante. Lorsque l’abbé de Rancé arriva à La Trappe, embrassa les idéaux de la réforme cistercienne avec fougue. Les partisans de la réforme désiraient revenir aux idéaux ascétiques remontant aux origines de l'Ordre, et en particulier au végétarisme primitif.

Au début du XVIIIe siècle, la réforme catholique parvient enfin à s'imposer de manière visible un changement de situation dans l'Eglise. L'institution s'affirme triomphante, pour la plus grande gloire de Dieu. Il faut le proclamer à la face du monde de manière éclatante: fastes liturgiques, symphonies baroques et explosion de dorures y contribuent dans toute l'Europe. En France, l'Ordre est profondément ébranlé en cette fin de siècle où les vocations se font rares et où l'engouement pour un monachisme austère a fait place à l'adoption d'une vie monastique beaucoup moins exigeante et donc plus exposée aux critiques, même si on détecxte encore des foyers de ferveur et de fidélité aux origines et mêmes des initiatives.

 

A la veille de la Révolution, soixante-cinq abbayes dépendaient de la Stricte Observance. Après la Révolution, il ne restait qu'une douzaine de maisons, dispersées à travers le territoire du Saint Empire romain Germanique. Lorsque l'abbaye de la Trappe fut à son tour réquisitionnée par l'Etat et les moines expulsés, le dernier maître-novice, dom Augustin de Lestrange, s'enfuit en Suisse avec un groupe de vingt-et-un moines. Le premier juin 1791 il restaura la Stricte Observance à La Valsainte et imposa aux moines un régime encore plus rigoureux que celui mis en place par Rancé.

Progressivement le mouvement commença de nouveau à gagner l'Europe, mais il ne s'étendit vraiment qu'après la défaite de Napoléon en 1815. Les premiers signes de renaissance se manifestent en Italie à Casamari (1814) et à Rome (Santa Croce, 1817 et San Bernardo). Les deux maisons romaines servent de base à la constitution italienne de Saint-Bernard, en 1820.

Après la chute de Napoléon, les moines d'Augustin de Lestrange rentrent en France, et restaurent, entre autres, l'abbaye de la Trappe. Le développement est spectaculaire, surtout en France. Les monastères se regroupent en congrégations et sont animés de diverses motivations. En France, les uns sont partisans d'une restauration des règlements de Rancé (ancienne réforme), les autres s'efforcent de rétablir la discipline de Cîteaux (nouvelle réforme).

La "Commune Observance" est aujourd'hui connue sous le nom d'Ordre Cistercien. Après la Révolution, ces cisterciens ne réussirent jamais à établir une unité aussi forte que celle de leurs frères abstinents. L'Ordre fut organisé assez librement, selon des critères linguistiques, en congrégations nationales ayant peu de contacts.

Aux côtés des Cisterciennes officiellement incorporées à l'une ou l'autre des deux branches, nombreuses sont les communautés de femmes, vivant dans une mouvance spirituelle cistercienne, qui se regroupent en ordre ou congrégation: bernardines d'Esquermes, bernardines d'Oudenaarde, bernardines de Suisse romande. En 1950, la publication du document Sponsa Christi de Pie XII établit les fédérations de moniales.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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